Les données scolaires ouvertes pour améliorer la confiance et la transparence à travers l'Europe
Partout en Europe, la collecte et le partage des données scolaires progressent. Les pays recherchent de nouveaux moyens de renforcer la transparence et d’instaurer la confiance dans l’enseignement public. On assiste donc à l’émergence d’une série d’initiatives relatives aux données scolaires ouvertes, qui poursuivent des objectifs similaires mais présentent de grandes différences dans leur conception et leur mise en œuvre.
Au Royaume-Uni, un recensement scolaire triennal montre tout le travail nécessaire pour garantir la précision et la fiabilité des données scolaires ouvertes. En Lituanie, les données sur l’éducation sont largement accessibles et publiées dans de nombreux secteurs, ce qui facilite l’analyse des racines de l’apprentissage, aide à identifier les risques et les tendances, et permet d’aller au-delà des simples statistiques. En Ukraine, les systèmes de données sur l’éducation ont pris une importance accrue pour maintenir la confiance dans les administrations publiques, lutter contre la désinformation, soutenir la planification de la relance et assurer la transparence de l’aide.
Le 29 avril 2026, des parties prenantes éducatives issues d’une vingtaine de pays européens se sont réunies au Conseil de l’Europe, à Strasbourg, en France, pour un atelier sur les données scolaires ouvertes, organisé en partenariat avec l’Institut international de planification de l’éducation (IIPE) de l’UNESCO. Des décideurs politiques, des praticiens chargés des politiques de données scolaires ouvertes, des responsables d’associations européennes de chefs d’établissement, des parents, des chercheurs et des jeunes ont partagé leurs expériences et discuté des défis pratiques liés à la conception et à la mise en œuvre de systèmes de données scolaires ouvertes.
Des niveaux de maturité variés à travers l'Europe
L'atelier s'est appuyé sur les conclusions du rapport de l'ETINED intitulé « Open School Data in European Education Systems » (Les données scolaires ouvertes dans les systèmes éducatifs européens), rédigé par l'IIPE-UNESCO. Alors que certains pays ont mis en place des systèmes de données très désagrégées au niveau des établissements scolaires, d'autres en sont encore à des stades plus précoces, avec un accès plus limité et des infrastructures moins développées. Malgré cette diversité, plusieurs défis communs se dégagent. De nombreux pays s'appuient encore sur des systèmes de données fragmentés ou des mises à jour manuelles. La qualité des données et la standardisation restent des problèmes persistants, en particulier dans les systèmes décentralisés où les définitions et les pratiques de suivi varient. Les questions relatives à la vie privée et à l’éthique sont également primordiales, notamment les risques liés à l’utilisation abusive des données, à la surveillance publique et à la stigmatisation potentielle des écoles peu performantes.

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Les expériences des pays montrent le potentiel et les complexités de ces données
L'expérience de l'Irlande met en évidence l'importance d'une conception et d'une gouvernance rigoureuses. Les données scolaires ouvertes sont considérées comme un outil majeur pour la transparence, la confiance et la prise de décision éclairée. Dans le même temps, les comparaisons simplistes entre écoles, dont les effets de « classement », peuvent fausser les interprétations et renforcer les inégalités. La question clé n’est donc pas seulement de savoir si les données doivent être publiées, mais aussi quels effets leur publication peut avoir, ce qui souligne la nécessité de proposer des outils adaptés aux différents utilisateurs et d’avoir une communication claire et solide sur la méthodologie et le contexte.
Il est crucial de déterminer quelles données doivent être rendues publiques et lesquelles ne doivent pas être accessibles : La question n’est pas seulement “pouvons-nous publier cela ?”, mais plutôt “quel comportement la publication pourrait-elle susciter ?'
Paul Alexander, Département de l’éducation et de la jeunesse, Bureau central des statistiques, Irlande
Parallèlement, en Islande, la municipalité de Reykjavik recueille et partage des données pour orienter la prise de décision, soutenir les enfants et améliorer les résultats – la qualité des écoles étant mesurée par des critères tels que l’environnement d’enseignement, l’apprentissage et le bien-être. Des progrès ont été réalisés récemment, notamment à travers l’adoption d’une nouvelle législation sur l’utilisation des données, la mise en place d’un système national d’information pour les élèves et la centralisation des inscriptions via island.is, ainsi que le déploiement d’outils innovants tels qu’un tableau de bord du bien-être.

Les perspectives des parties prenantes
La valeur des données scolaires ouvertes a été largement reconnue par plusieurs groupes de parties prenantes. Les représentants des chefs d'établissement ont souligné leur potentiel pour renforcer le dialogue professionnel et soutenir l'amélioration des écoles, lorsqu'elles sont utilisées de manière constructive et sans jugement. Les représentants des parents ont mis en avant le rôle des données scolaires ouvertes pour instaurer un climat de confiance et permettre des choix plus éclairés, tout en notant que les réalités éducatives ne peuvent se réduire à de simples données.
Les chefs d'établissement sont les garants de l'intégrité des données. C'est pourquoi nous devons passer d'une formation technique à une plus grande professionnalisation des chefs d'établissement sur l'éthique des données, lorsqu'il s'agit de collecter et d’utiliser des données dans le cadre d’une telle initiative.
Petra Van Haren, Directrice de l’Association européenne des chefs d’établissement
Les représentants des jeunes y ont vu un outil de plaidoyer puissant qui permet de passer de l'opinion aux faits. Les chercheurs ont également appelé à la mise à disposition d'ensembles de données plus larges sur des indicateurs sur le climat scolaire, par exemple, afin de mieux saisir ce que signifie réellement la qualité dans l'éducation.
Les données ouvertes ne peuvent fonctionner que si les élèves font confiance à ces données. Ils doivent être impliqués dans les discussions sur les cadres éthiques, sur le type de données partagées et sur les raisons de ce partage. L’éducation à la gestion des données, c’est-à-dire la compréhension de leur utilisation, doit être intégrée dans les programmes scolaires.
Anna Weinrich, Représentante du Bureau d'organisation des syndicats d'élèves européens au Conseil consultatif sur la jeunesse du Conseil de l’Europe
Les risques et moyens d’y faire face
Les participants ont identifié des préoccupations communes relatives à la protection des données à caractère personnel, à la réidentification dans les petits ensembles de données et au risque d’interprétation erronée en l’absence de contexte. Dans les systèmes décentralisés comme en Espagne, par exemple, la fragmentation et l’inconsistance des données posent de sérieux problèmes, les différentes régions pouvant définir et collecter les données de manière différente. Les mesures d'atténuation proposées comprennent l'agrégation des données, la suppression des valeurs faibles, le renforcement des cadres juridiques et l'amélioration de la documentation grâce à des métadonnées et des méthodologies transparentes. L'importance d'avoir un « dictionnaire » commun de données a également été évoquée afin de garantir une interprétation cohérente entre les utilisateurs et les systèmes, tout comme le fait d’inciter les écoles à veiller à l'exactitude des données si elles en comprennent la valeur.
Les données scolaires ouvertes sont plus qu’un simple outil de transparence. Elles deviennent un moyen de développer la citoyenneté, l’esprit critique et l’utilisation responsable des technologies émergentes, comme l’intelligence artificielle.
Muriel Poisson,Cheffe d'équipe p.i., Génération et mobilisation des connaissances, IIPE-UNESCO
Les avancées récentes en matière de technologies numériques, qui permettent de présenter les données sur l'éducation de manière plus efficace grâce à des outils de visualisation conviviaux et des interfaces de téléchargement de données ouvertes, ont aussi été abordées. Un exemple notable vient de France, avec le « Model Context Protocol » (MCP) développé par le ministère de l'Éducation nationale, qui fournit un cadre commun permettant aux outils d'intelligence artificielle (IA) d'interagir avec les ensembles de données officiels, favorisant ainsi la transparence, l'interopérabilité et l'utilisation responsable de l'IA.
L'atelier s'est conclu avec un rappel de l'importance de poursuivre les échanges et l'apprentissage mutuel, et de traduire les discussions en actions concrètes visant à améliorer la collecte, le partage et l’utilisation des données scolaires ouvertes dans les différents systèmes éducatifs. Des lignes directrices sur les données scolaires ouvertes, élaborées conjointement par le Conseil de l'Europe et l'IIPE, seront publiées prochainement afin de refléter l'essence de ces discussions.