Selon un nouveau rapport du Conseil de l'Europe et de l'IIPE, les pays européens s’appuient sur les données scolaires ouvertes pour améliorer la transparence dans l'éducation
En Europe, les systèmes éducatifs sont de plus en plus nombreux à se tourner vers les données scolaires ouvertes pour améliorer la gouvernance de l'éducation et lutter contre la fraude et la corruption. C’est le constat d’un nouveau rapport publié par la Plateforme du Conseil de l'Europe sur l'éthique, la transparence et l'intégrité dans l'éducation (ETINED) et rédigé par l'Institut international de planification de l'éducation (IIPE) de l'UNESCO.
Intitulé Données scolaires ouvertes dans les systèmes éducatifs européens, ce rapport examine la façon dont les pays collectent, publient et utilisent des données scolaires telles que les budgets, les infrastructures, les qualifications des enseignants ou les résultats des élèves. Basé sur des études antérieures de l'IIPE consacrées aux données scolaires ouvertes, il décrit les innovations qui permettent de rendre l'éducation plus ouverte, plus responsable et plus participative, mais aussi les défis et les opportunités que cela représente
« Ce rapport arrive à un moment clé pour les systèmes éducatifs en Europe, car la transparence et l'utilisation des données sont désormais au cœur des politiques éducatives, des attentes des citoyens et des débats sur l'intelligence artificielle », affirme Philippe Ajuelos, administrateur ministériel des données, des algorithmes et des codes sources au ministère français de l'Éducation nationale. « Les données scolaires ouvertes ne sont pas seulement une question de transparence : elles sont aussi un levier de confiance, un devoir et un moyen de développer la maîtrise des données chez les élèves, les enseignants et les citoyens. »

Accéder au rapport ici
Nous espérons que cette collaboration entre le Conseil de l'Europe et l'IIPE sera utile à tous ceux qui s'efforcent de mettre en place des systèmes éducatifs ouverts, participatifs et transparents.
Martín Benavides, Directeur de l'IIPE
Des systèmes éducatifs ouverts et responsables en plein essor
Le rapport s'appuie sur des enquêtes, des recherches documentaires et des entretiens approfondis avec des responsables de l'éducation sur l’ensemble du continent. Il constate que les données scolaires ouvertes, hier encore considérées comme un phénomène marginal, sont aujourd’hui d’usage courant. « Les initiatives en matière de données scolaires ouvertes sont de plus en plus fréquentes et s'inscrivent dans le cadre d'efforts plus larges en faveur d'un gouvernement ouvert et de la transparence », indique le rapport.
Des pays comme l'Estonie, la France, l'Irlande, la Lituanie et le Royaume-Uni ont mis en place des systèmes élaborés qui permettent aux citoyens d'accéder à des informations sur les finances des écoles, les infrastructures scolaires et les résultats des élèves. D'autres, comme l'Albanie, la Grèce et la République slovaque, en sont aux premiers stades du processus.
Des pratiques innovantes visant à créer des systèmes éducatifs plus efficaces et plus conviviaux voient également le jour. Aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, des initiatives consistent à intégrer l'intelligence artificielle, des chatbots et des interfaces de programmation d'applications (API) afin de faciliter l’utilisation des données. En Belgique et à Chypre, des politiques collaboratives ont permis la mise en place de politiques « ouvertes par défaut », avec publication automatique des données scolaires sauf exceptions spécifiques.
Zoom sur la plateforme Explore Education Statistics (EES) de l’Angleterre
Lancée en 2020 en Angleterre, la plateforme Explore Education Statistics (EES)a révolutionné l’accès du public aux données scolaires, tout en rationalisant la publication de ces données pour les statisticiens. L’automatisation de nombreux processus permet à la fois de réduire le temps et les ressources nécessaires pour la publication des données, et de mettre à disposition, sur une plateforme centralisée, des informations standardisées et lisibles par machine. Explorer les données sur l'éducation est devenu nettement plus facile pour les écoles, les autorités locales et les chercheurs. Des mises à jour en temps réel à partir des systèmes de gestion scolaire devraient en outre permettre des actualisations quotidiennes.
Implication croissante des parents, de la société civile et des communautés locales
Si les gouvernements nationaux et les établissements d'enseignement restent les principaux utilisateurs de données scolaires ouvertes, les initiatives touchent désormais des communautés plus larges. Selon les auteurs du rapport, Muriel Poisson, de l’IIPE, et Elira Jorgoni, consultante, les données scolaires ouvertes ne sont pas seulement un outil à l’usage des administrateurs, mais aussi une ressource pour une mobilisation sociétale plus large et une plus grande transparence.
En Irlande et en France, des initiatives encouragent une culture de la prise de décision fondée sur des données, afin que les données scolaires ouvertes profitent non seulement aux décideurs, mais aussi à la société toute entière.

Les données ouvertes sur l'éducation en Lituanie
Pendant la crise du COVID-19, la Lituanie a renforcé sa loi sur les statistiques et a mandaté Statistics Lithuania pour gérer les données de l'État. Cela s’est notamment traduite par la mise en place de tableaux de bord des données scolaires qui, par le biais de la visualisation et des analyses, ont rendu les informations plus accessibles et plus attrayantes. Soutenue par l'Agence nationale des données, cette initiative a amélioré la transparence et suscité le développement de nouvelles compétences analytiques au sein du gouvernement. Malgré quelques difficultés, notamment un faible taux d’adoption par les utilisateurs, la Lituanie fait progresser l’usage des données ouvertes dans le domaine de l'éducation.
La publication de données scolaires ouvertes accroît la transparence et permet de prendre des décisions fondées sur des preuves. Elle aide à cibler les investissements, à promouvoir l'équité, à renforcer la confiance du public et à favoriser l'innovation, en permettant aux chercheurs et aux entreprises de développer de nouveaux outils. À terme, elle renforce la capacité du système éducatif à s'adapter aux changements démographiques et sociaux.
Vadimas Ivanovas, Directeur de l'Agence nationale des données, Lituanie
Défis communs et voie à suivre
Des difficultés communes persistent cependant dans les pays européens, notamment l’existence d’infrastructures obsolètes, la mauvaise qualité des données et le manque de capacités ou de connaissances sur la manière d'utiliser les données. La résistance est également fréquente, certains craignant une utilisation abusive ou une mauvaise interprétation des données. D’autres s’inquiètent que la mise en évidence des disparités éducatives par les données ouvertes ne renforce les inégalités, en particulier pour les écoles peu performantes.
Afin de surmonter ces difficultés, le rapport recommande :
- de définir des principes et des recommandations clairs pour les initiatives de données scolaires ouvertes;
- d'améliorer la qualité et l'exhaustivité des données sur l'éducation ;
- d’impliquer les parties prenantes par des consultations et des programmes de formation ;
- de trouver un équilibre entre transparence et protection des données sensibles
- d’exploiter les technologies émergentes pour rendre les données plus accessibles ;
- de recueillir les commentaires des utilisateurs pour suivre les progrès et l'impact;
- d’élaborer un indice de maturité des données scolaires ouvertes au niveau européen;
- de favoriser les échanges et l'apprentissage par les pairs entre les États parties.
Si les initiatives de données scolaires ouvertes se sont nettement multipliées ces dernières années, s’attaquer aux derniers obstacles et appliquer les bonnes pratiques permettrait de nouveaux progrès en termes de transparence, de responsabilité et de qualité de l'éducation dans toute l'Europe.