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Inclure les étudiants dans la construction d'une culture de l'intégrité

Zeenath Reza Khan

Présidente, Centre pour l’Intégrité Académique aux Emirats Arabes Unis (EAU). Assistante Professeure et Présidente du Comité pour l’Intégrité Académique à l’Université de Wollongong à Dubaï

L’année 2020 a focalisé l’attention sur l’importance d’une culture de l’intégrité sur les campus : une culture sur laquelle le corps professoral peut gérer les étudiants à distance. L’an dernier, les universitaires n’ont plus été en capacité de d’avoir leurs étudiants en face d’eux lorsqu’ils enseignaient ; ils n’ont pas non plus eu la possibilité de les superviser dans un cadre traditionnel.

Les universités ont réalisé qu’elles doivent s’assurer que leurs étudiants participent aux processus d’évaluation avec honnêteté, loyauté, courage, respect, et responsabilité – autant de valeurs d’intégrité académique reconnues par le Centre International pour l’Intégrité Académique (ICAI).

A de multiples reprises, la recherche a démontré qu’une culture de l’intégrité sur le campus peut être un moyen de dissuasion contre la tricherie ou la fraude en ligne. Cette culture ne peut pas se développer du jour au lendemain, ni dans un contexte de stress, d’anxiété et de modes d’enseignement en pleine mutation. Un récent blog publié sur ETICO a mis l’accent sur l’importance de règles pour encadrer les comportements, les mesures de prévention, et les sanctions envers les mauvaises pratiques. Mais si les politiques définies en haut lieu sont cruciales, leur application ne prend le plus souvent pas en compte les principaux acteurs concernés – à savoir les étudiants. La plupart des organismes gouvernementaux, institutions et réseaux impliquent les décideurs, le corps professoral et administratif lorsqu’ils s’efforcent de comprendre les questions d’intégrité et de déterminer les meilleures approches. Pourtant les étudiants constituent des acteurs essentiels pour en assurer le succès. Au lieu de parler « aux » étudiants, les débats sur l’intégrité académique doivent « inclure » les étudiants et faire en sorte que leur voix soit entendue. Par exemple, lorsque des politiques sont élaborées ou que des modifications y sont apportés par des comités de révision, faire participer les étudiants aux discussions peut garantir une meilleure acceptation de la politique ou des changements proposés.

Les étudiants ne se livrent pas tous à la tricherie. Cependant, la plupart d’entre eux ont été à un moment donné témoins d’actes de tricherie commis par un ami ou un membre de leur famille. Même si le silence semble le plus souvent la règle parmi les étudiants, c’est parfois simplement faute de trouver un espace sûr pour partager ce qu’ils pensent ou ce qu’ils ont vu. Cela peut avoir un impact en cascade : sentiments de frustration, perte de repères, remise en question d’un système qui « permet » à de tels comportements d’être récompensés, jusqu’au fait de commettre eux-mêmes ce genre d’actes. Il est donc très urgent que les institutions cherchent les moyens d’inclure les étudiants et de donner la priorité à ce qu’ils ont à dire.

Inclure les étudiants dans les discussions signifie les impliquer à différentes étapes du développement d’une culture de l’intégrité. Cela peut prendre la forme d’activités auxquelles ils sont conviés ; d’activités que les étudiants conçoivent et organisent pour d’autres étudiants ; de dialogues avec les étudiants sur les politiques et les changements de procédure que les instituts souhaitent introduire ; ou de recherches menées par les étudiants eux-mêmes – études, articles académiques, présentation de résultats lors de conférences internationales, etc. Une telle approche permet également aux universités de comprendre leurs points de vue, de leur offrir un environnement protégé pour exprimer leur opinion, d’identifier des lacunes dans l’appui qu’ils reçoivent sur un plan académique et de les combler. En effet, les obstacles et les défis auxquels les étudiants sont confrontés peuvent très bien s’étendre au-delà de la salle de cours et nécessiter d’autres types de soutien.

Le Réseau Européen pour l’Intégrité Académique (ENAI) a lancé en 2020 un Groupe de travail d’étudiants qui décerne un Prix du meilleur étudiant, et a organisé une table ronde pour valoriser les étudiants et leurs efforts. De même, les étudiants ont été mis en avant tout au long de la 5e Journée internationale d’action contre le fait de rétribuer quelqu’un pour rédiger un devoir à sa placeorganisée par l’ICAI, elle a accueilli une série de tables rondes par et avec des étudiants dans le cadre de l’initiative « Vingt ans en 2020 ». Le premier Comité directeur étudiant a travaillé également avec le Comité organisation à l’élaboration de campagnes sur les médias sociaux et à l’organisation de compétitions entre étudiants.

Le Centre pour l’Intégrité Académique aux Émirats Arabes Unis (CAIU), récemment créé, est constitué d’enseignants bénévoles d’universités et d’écoles qui se sont unis pour soutenir la communauté enseignante. Ce Centre met l’accent sur les bonnes pratiques menées dans le pays, et adopte des stratégies permettant notamment aux étudiants de figurer en première ligne. Cette approche a fait l’objet d’un
article récent , soulignant une plus grande adhésion des étudiants lorsque les campagnes de sensibilisation sont dirigées par les étudiants eux-mêmes. Parmi les activités menées : groupes de discussion animés par des étudiants sur le campus ; débats et tables rondes ; compétitions entre étudiants ; campagnes de blogs vidéo et d’affiches. Ces actions ont permis aux étudiants de mieux comprendre les mauvaises pratiques et l’importance de les éviter, illustrant la nécessité de les inclure dans la construction d’une culture de l’intégrité.

En réponse à cet appel à l’action, le CAIU prévoit en 2021 une série d’activités centrées sur les étudiants, comprenant des campagnes vidéo sur l’importance de l’intégrité, des projets de recherche sur les « usines à diplômes », et des discussions sur leur connaissance de la politique d’intégrité du campus. Ces actions seront organisées par des comités dirigés par des étudiants dans toutes les universités et écoles du pays, et produiront des documents de recherche sur les stratégies menées et leur impact. De tels événements devraient contribuer à la construction d’une culture de l’intégrité sur long terme au-delà des salles de cours et de l’apprentissage en ligne, et démontrer la nécessité d’inclure les étudiants pour en faire des exemples à suivre.

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  • Mohan Pradeep Sharma

    09.02.2021

    It's a most crucial issue globally and needs to be addressed on a priority basis as it raises a question on the very purpose of education

  • Kun Seyha

    14.02.2021

    I look forward to hearing and learning more from the page.

  • Veronica Alvarado

    10.03.2021

    Excelente oportunidad para iniciar una campaña en en el Perú para reflexionar con estudiantes de Institutos y universidades sobre la cultura de la integridad!

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