Evènement

Le symposium du 60e anniversaire de l’IIPE-UNESCO a exploré comment la transparence et les financements innovants bénéficient à la planification de l’éducation

ⒸIIEP-UNESCO

Les 8 et 9 novembre, l’IIPE a célébré son 60e Anniversaire à l’occasion d’un Symposium de deux jours sur l’avenir de la planification de l’éducation, qui a réuni près de 1 400 experts, décideurs, planificateurs et représentants des États membres de l’UNESCO dans ses locaux à Paris et en distanciel.

Le deuxième jour de cet événement, un panel d’experts a exploré le rôle de la transparence et des nouvelles formes de financement pour une planification efficace de l’éducation. La session était animée par Alejandra Cardini, coordinatrice de la gestion et de la mobilisation des connaissances pour le Bureau régional de l’IIPE-UNESCO pour l’Amérique latine et les Caraïbes.

Muriel Poisson, responsable de l’équipe chargée de la gestion et de la mobilisation des connaissances et coordinatrice du programme de l’IIPE sur l’Éthique et la corruption dans l’éducation, a lancé les discussions en faisant un bilan des plus de 20 ans d’expérience de l’Institut en matière de coopération pour réduire la corruption et accroître la redevabilité des systèmes éducatifs.

La lutte contre la corruption est une question complexe et souvent sensible, qui ne peut être abordée que si les acteurs ont accès aux données et aux éléments de preuves concernant les risques, les niveaux et l’impact de la corruption. À cet égard, elle a souligné le rôle de l’Institut dans le soutien apporté aux pays pour la réalisation d’Enquêtes quantitatives de prestations de services ou de revue des risques de corruption

La lutte contre la corruption nécessite également des solutions innovantes s’attaquant à des problèmes spécifiques, tels que les réformes du financement ou les systèmes de gestion des enseignants. La redevabilité exige par ailleurs la participation d’acteurs extérieurs au gouvernement. Muriel Poisson a conclu en soulignant la nécessité de mettre en place des processus de gouvernement ouvert qui garantissent la disponibilité et la transparence des données sur l’école, combinés à un engagement plus systématique de la société civile pour demander des comptes aux autorités publiques.  

Virginija Budiene, directrice de l’Institut d’analyse politique de Vilnius, a ensuite fait part de son expérience concernant l’intégration de mesures de lutte contre la corruption dans un système éducation, s’appuyant sur ses nombreuses années de travail au sein du gouvernement et de la société civile en Lituanie. Madame Budiene a tout d’abord fait valoir que des facteurs extérieurs tels que l’intégration de la Lituanie dans l’UE, l’OTAN et d’autres organisations internationales ont joué un rôle essentiel dans la promotion de l’ouverture, l’intégrité et l’adoption de réformes contre la corruption. Cette sensibilisation croissante du public a coïncidé avec plusieurs affaires de corruption très médiatisées. De nombreuses mesures ont été alors prises avec succès pour lutter contre la corruption – comme le développement d’un système SIGE, l’introduction d’un nouveau modèle d’allocation des ressources aux écoles ou encore la réforme du système d’admission dans l’enseignement supérieur. L’expérience lituanienne montre que la transparence dans l’éducation reste un processus continu qui exige de la redevabilité à tous les niveaux : politique, administratif et institutionnel, ainsi que l’implication de multiples acteurs.

Jean-Claude Ndabananiye, qui dirige l’unité sur le financement de l’éducation à l’IIPE-UNESCO, a ensuite établi un lien entre la transparence et une budgétisation plus efficace de la planification de l’éducation. Il a affirmé que les plans éducatifs les mieux conçus sont voués à l’échec si les priorités politiques ne se traduisent pas par des allocations et exécutions budgétaires. Dans un contexte mondial où les budgets de l’éducation sont soumis à une pression constante, les gouvernements doivent non seulement s’assurer que les fonds sont bien alloués, mais aussi que l’exécution du budget est conforme à la planification, et qu’un contrôle approprié est en place. Un système de gestion budgétaire fort doit prendre en compte à la fois des processus internes de suivi, d’évaluation et d’apprentissage, et des mesures de transparence et de redevabilité telles que des données ouvertes, des mécanismes de reporting et des incitations appropriées pour des comportements conformes à l’éthique. 

Enfin, Rukmini Banerji, directrice générale de la Fondation Pratham en Inde, a partagé son expérience dans le cadre du projet ASER*, les actions menées par les citoyens en Inde et dans d’autres pays afin d’explorer comment les voix dites « ascendantes » peuvent influencer politiques et pratiques éducatives. Elle a expliqué de quelle manière ce projet est passé des données générées par la communauté aux actions menées par les citoyens démontrant ainsi comment société civile et gouvernements peuvent travailler ensemble tout au long du cycle politique pour détecter des problèmes sinon invisibles, mettre en œuvre des diagnostics participatifs à grande échelle, plaider en faveur d’actions visant à résoudre les problèmes ainsi identifiés, et encourager l’action du gouvernement et des communautés. 

Les diverses perspectives et expériences présentées dans le cadre de ce panel ont offert aux participants un panorama complet des multiples facettes de la transparence dans la planification de l’éducation. Alors que l’IIPE célèbre six décennies de soutien aux pays dans la planification et la gestion de leurs systèmes éducatifs, cette session n’a pas seulement rappelé les réalisations passées, mais a également suscité des réflexions importantes sur la nécessaire évolution de la planification de l’éducation, donnant aux participants des pistes et des moyens d’action pour faire face aux défis de l’avenir.

*Annual Status of Education Report.