La littératie des données à l'ère de l'intelligence artificielle générative
L’intelligence artificielle (IA) générative ajoute un niveau supplémentaire de complexité à la révolution des données dans l’éducation. Alors que les systèmes éducatifs génèrent et publient toujours plus d’informations, comment les pays peuvent-ils s’assurer que les décideurs politiques, les éducateurs et les citoyens disposent des compétences nécessaires pour les interpréter et les utiliser de manière responsable ?
Cette question était au cœur d’une Conférence internationale sur la littératie des données à l’ère de l'IA générative, qui s’est tenue le 1er juillet à Sèvres. Organisée par France Éducation International (FEI) en partenariat avec l’IIPE-UNESCO, la Direction du numérique pour l’éducation (DNE-AMDAC) et la Délégation aux relations européennes du ministère français de l’Éducation nationale, elle a réuni près de 80 experts, décideurs et praticiens de l'éducation venus de plusieurs pays pour étudier comment les données ouvertes peuvent mieux servir les systèmes éducatifs et favoriser le dialogue et l’action.
Dans son allocution inaugurale, le Directeur général de FEI, Henri de Rohan-Csermak, a posé la question suivante : « Comment garantir la qualité et la fiabilité des données au sein de systèmes éducatifs divers et souvent complexes ? Et dans quelles conditions les données peuvent-elles devenir une ressource pour tous les acteurs du système, plutôt que des outils réservés aux spécialistes ? »
Martín Benavides, Directeur de l’IIPE, a fait ensuite valoir que la littératie des données – c’est-à-dire la capacité à comprendre, questionner et utiliser les données de manière responsable en fonction du contexte – n’était plus une aptitude réservée aux spécialistes, mais une compétence fondamentale pour tous.
À l’ère de l'IA générative, la littératie des données est un véritable enjeu de société. Elle implique d’être capable de remettre en question une source, de comprendre comment les données sont produites, de discerner ce qui est là et ce qui manque, d’identifier les biais, de distinguer une corrélation d'une causalité, et de faire preuve de discernement lorsque des affirmations sont présentées comme objectives ou fondées sur des preuves.
Martín Benavides, Directeur de l’IIPE-UNESCO
Faisant écho à ce message, FEI et l’IIPE-UNESCO ont publié un inventaire de projets de littératie des données à l’occasion de la Conférence. Passant en revue 23 initiatives à travers l’Europe, cette étude montre que la prochaine étape après l'ouverture des données éducatives est de veiller à ce que les décideurs, les éducateurs et les citoyens disposent des compétences nécessaires pour les interpréter et les utiliser de manière responsable.
Au-delà de l’Europe, le secrétaire général de la CONFEMEN, Abdel Rahamane Baba-Moussa, a affirmé que la littératie numérique était une question de souveraineté, notant que « les données n’ont de valeur que si elles guident l’action ».
Muriel Poisson, cheffe de l'équipe chargée de la génération et de la mobilisation des connaissances à l'IIPE-UNESCO, a parlé de la gouvernance des données et de leur accessibilité croissante pour les citoyens. Elle a présenté les conclusions d’une étude récente sur les initiatives relatives aux données ouvertes sur l'école en Europe et au-delà, notamment en Australie, en Indonésie et aux Philippines.
L’IA générative peut aider à expliquer des termes techniques, créer des résumés et proposer des visualisations de données. Mais elle comporte également des risques, tels que des réponses inadéquates, des comparaisons trompeuses entre écoles et établissements, ainsi que des défis en matière de confidentialité et de réputation.
Muriel Poisson, Cheffe d'équipe, Génération et mobilisation des connaissances
Muriel Poisson a rappelé qu’au-delà de leur simple publication, les données ouvertes sur l'école créent une réelle valeur ajoutée lorsqu’elles sont utilisées pour favoriser l’interprétation, le dialogue et l’action éclairée. En s’appuyant sur des exemples concrets, elle a montré comment les données peuvent favoriser le dialogue entre écoles, familles, élèves, autorités publiques et société civile. Elle a en outre expliqué comment les portails de données, les tableaux de bord et les outils basés sur l’IA peuvent aider les utilisateurs à vérifier les sources, comprendre les limites des données, interpréter les résultats en tenant compte du contexte et respecter des garanties éthiques.
Planifier l'éducation pour et avec l'IA
Voix des pays
À l’occasion d’une table ronde internationale, des représentants du Royaume-Uni, de l’Espagne, du Luxembourg, de l’Estonie et de la France ont exploré comment les pays utilisent les données pour mettre en place des politiques éducatives plus solides tout en renforçant la littératie des données.
Plusieurs présentations ont illustré comment les données ouvertes peuvent donner lieu à des actions concrètes, au-delà de la seule question de la transparence. Au Royaume-Uni, par exemple, les autorités éducatives utilisent les données sur l’assiduité pour identifier les schémas relatifs à l’absentéisme et donner aux écoles des informations permettant d’améliorer la présence des élèves et, à terme, leurs résultats scolaires.
D’autres pays ont expliqué comment ils développent des compétences pour utiliser efficacement les données. L’Espagne a présenté sa stratégie nationale pour renforcer les compétences numériques des enseignants, notamment grâce à de nouvelles formations sur une utilisation responsable de l’IA, tandis que le Luxembourg a souligné le rôle des portails de données ouvertes, qui aident les écoles, les décideurs et le grand public à interpréter les données éducatives pour faciliter la prise de décision.
Le programme de l’après-midi a mis en avant des initiatives innovantes en matière de littératie des données, développées dans différents contextes éducatifs. Lors d’une séance de posters, les participants ont pu partager leurs expériences et identifier des solutions pouvant être adaptées et reproduites ailleurs. Enfin, des ateliers collaboratifs ont été consacrés à une question centrale : comment exploiter pleinement le potentiel des données à l’ère de l'IA générative ? À travers des exercices pratiques, les participants ont testé des outils basés sur l’IA pour accéder à des ensembles de données ouvertes sur l'école, les analyser, les synthétiser et les visualiser.
En l’espace de quelques années seulement, l’IA générative a radicalement transformé la façon dont les données éducatives sont collectées, produites, consultées et interprétées. Les intervenants ont insisté sur le fait que ces discussions ne portent plus seulement sur l’ampleur des données collectées, mais visent désormais à s’assurer que les élèves, les parents, les enseignants et les décideurs politiques disposent des connaissances et des compétences nécessaires pour utiliser les données de manière critique et responsable.