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De la sensibilisation à l'action : les jeunes, moteurs de l'intégrité dans les écoles
Si les jeunes restent vigilants face à la corruption, qui touche presque tous les domaines de la vie, le secteur de l'éducation revêt pour eux une importance particulière. À Transparency International, nous créons des modèles novateurs qui placent les jeunes en tant qu'acteurs principaux de l'intégrité dans leurs écoles et universités.
Quel est l'impact de la corruption dans le secteur de l'éducation ?
La corruption dans le secteur de l'éducation touche aussi bien les établissements primaires, secondaires que tertiaires et peut survenir dans la plupart des processus permettant l’accès du public à l'éducation. Cela va du détournement de fonds publics destinés aux écoles à la manipulation des appels d'offres, en passant par le vol de fournitures scolaires, l'embauche d'enseignants non qualifiés en raison du népotisme et du favoritisme, ou encore l’extorsion de pots-de-vin aux étudiants en échange de notes ou d’admissions. Les effets de ces pratiques vont au-delà du préjudice immédiat causé aux élèves et à leurs familles : dans un contexte où les ressources éducatives sont souvent limitées, les responsables des finances publiques peuvent être amenés à réduire les dépenses afin de compenser les pertes subies à cause de la corruption.
Il n'est pas surprenant que les jeunes soient exposés à la corruption dans ce secteur et en subissent les effets négatifs, étant les principaux bénéficiaires des écoles et des universités. En outre, l'âge peut s'ajouter à divers autres facteurs de risque, tels que l'origine ethnique, le handicap ou l'identité de genre, et influencer l'exposition à la corruption. Par exemple, nous commençons seulement à comprendre le niveau de corruption sexuelle (définie comme l'abus de pouvoir pour exiger ou obtenir des relations sexuelles ou des actes à caractère sexuel) dans les écoles et les universités. Les données recueillies jusqu'à présent suggèrent que les jeunes femmes et les filles sont ciblées de manière disproportionnée.
Mais les études montrent également, ce qui est peut-être plus inquiétant, que le fait d'être témoin ou victime de corruption à l'école ou à l'université peut conduire les jeunes à devenir indifférents, puis à normaliser et reproduire de tels comportements dans leur vie future. De même, il n’est pas impossible que des étudiants eux-mêmes soient à l'origine d’actes de corruption, même si cela leur est finalement préjudiciable à long terme.
Comment réduire les pratiques de corruption dans l'éducation ?
Cela nous amène à une conclusion logique : les établissements d'enseignement jouent un rôle important dans le développement des attitudes et des comportements des jeunes à l'égard de la corruption ; les lieux d'apprentissage peuvent être une source de renforcement des normes positives comme négatives.
Les mesures de lutte contre la corruption dans l'éducation peuvent comprendre l'intégration de modules anti-corruption et d'intégrité dans les écoles et les universités. Les jeunes eux-mêmes le réclament : en 2021, les participants à un forum de la jeunesse organisé en marge de la session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations unies contre la corruption ont déclaré qu'il était « nécessaire de renforcer considérablement les programmes éducatifs sur l'intégrité, la transparence et la lutte contre la corruption, dès le plus jeune âge ».
Mais il faudra plus que des cours théoriques pour venir à bout de la corruption. Heureusement, les jeunes sont des communicants énergiques et innovants, qui savent faire passer un message, notamment pour sensibiliser à la corruption.
Comment les jeunes peuvent-ils mener la lutte contre la corruption ?
Transparency International donne aux jeunes les moyens de mener cette lutte. À travers une centaine de sections nationales réparties dans le monde entier, nous avons d'innombrables exemples d'écoles, de clubs et d'ambassadeurs de l'intégrité qui permettent aux jeunes d’agir en tant que leaders anti-corruption, et de disposer des outils nécessaires pour demander des comptes aux pouvoirs publics, y compris dans leurs écoles et universités. Par exemple, notre école de l'intégrité au Vietnam a dispensé une formation et accordé des subventions à de jeunes champions de l'intégrité, qui ont ensuite pu transmettre leurs connaissances dans des écoles secondaires.
Notre kit anti-corruption présente une série d'actions que les jeunes peuvent entreprendre, depuis le suivi des stocks de matériel pédagogique dans leurs écoles pour empêcher leur détournement, jusqu'au développement et à l'utilisation d'outils TIC pour signaler les cas de corruption dans le secteur éducatif.
Actuellement, notre projet phare sur la corruption dans l'éducation est le projet Inclusive Service Delivery Africa (ISDA). Avec le soutien d'Affaires mondiales Canada, nous travaillons avec les sections nationales pour surmonter les obstacles identifiés et améliorer l'accès à l'éducation et aux services de santé pour les femmes, les filles et d'autres groupes exposés à la discrimination en République démocratique du Congo, au Ghana, à Madagascar, au Rwanda et au Zimbabwe.
Là encore, nous mobilisons le pouvoir de la jeunesse, en amplifiant notamment les voix des jeunes femmes. Par exemple, les ambassadeurs de l'intégrité au Zimbabwe utilisent des groupes régionaux de messagerie sociale pour sensibiliser à la corruption dans l'éducation, aboutissant déjà à un engagement direct avec des responsables politiques. Parallèlement, au Ghana, notre section a lancé des clubs d'audit social dans plusieurs districts, où des groupes de jeunes participent activement au contrôle de l'utilisation des ressources publiques allouées à l'éducation.
Il reste encore beaucoup à faire pour étendre ces modèles à l'échelle mondiale, mais ils convergent déjà vers des résultats positifs évidents. En effet, si nous investissons véritablement dans le potentiel des jeunes à défendre l'intégrité, nous les aiderons également à cultiver le respect pour leur propre éducation et leur avenir.
Biographie de l'auteur
Jamie est coordinateur de recherche pour le U4 Helpdesk de Transparency International et pour le projet Inclusive Service Delivery Africa. Il a précédemment travaillé pour le PNUD au Kenya, où il a soutenu des projets de lutte contre la corruption, d'assistance électorale et de renforcement de l'espace civique. Il a également travaillé sur le programme de lutte contre la traite des êtres humains au sein de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Jamie est titulaire d'une licence en droit de l'University College Dublin et d'un master en études internationales avancées de l'Académie diplomatique de Vienne.