19.04.2021 | News

Cartographie des risques de corruption dans le secteur éducatif guinéen

Un nouveau rapport de l’IIPE présente les principales conclusions d’une revue des risques de corruption dans le secteur éducatif guinéen, réalisée par l’Institut à la demande de l’Agence nationale de lutte contre la corruption (ANLC) de la République de Guinée.

Une campagne nationale contre la corruption

Cette activité s’inscrit dans le cadre du programme d’action de l’ANLC, qui a pour mission de « réaliser des études et travaux de recherches en matière de bonne gouvernance, d’intégrité, d’éthique et de transparence » et de « donner aux autorités administratives des avis sur les mesures appropriées pour prévenir ou juguler des actes de corruption ». Il s'agit de la sixième revue d'intégrité de ce type menée par l'IIPE, ou en partenariat avec d'autres acteurs.

Risques de corruption dans le secteur éducatif guinéen

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Cette cartographie des risques s’appuie sur une revue de la documentation existante sur le système éducatif guinéen, ainsi que sur des entretiens approfondis menés sur le terrain auprès d’une quinzaine d’institutions et une cinquantaine de personnes, intervenant aussi bien dans les domaines de l’enseignement primaire et secondaire, l’enseignement technique et la formation professionnelle, que l’enseignement supérieur.

Le rapport présente une analyse détaillée des risques de corruption dans cinq domaines principaux, à savoir : (i) l’information, (ii) le financement, (iii) la gestion du personnel, (iv) les marchés publics et (v) les examens.

Parmi les risques identifiés, on peut citer : la présence d’enseignants et étudiants fictifs sur les listes officielles ; le gonflement du nombre de candidats aux examens et concours ; l’utilisation de la subvention affectée aux écoles pour des activités non justifiées ; l’allocation de bourses à des étudiants fictifs ; la manipulation des résultats aux tests en échange de faveurs ; le gonflement du nombre de manuels estimés en vue d’alimenter le marché privé ; la déperdition d’aliments destinés aux écoles dans les magasins de stockage ; ou encore la production et l’utilisation de faux diplômes.

Recommendations

Une liste détaillée de recommandations pratiques pour améliorer l’éthique, la transparence et la redevabilité est proposée pour chacun de ces domaines. Quelques-unes de ces recommandations sont résumées ci-dessous à titre d’illustration :

  1. Information : Organiser régulièrement des recensements biométriques du personnel enseignant dans le primaire, le secondaire et la formation professionnelle, ainsi que des étudiants ; clarifier les conditions de mutation et de détachement des enseignants au niveau de l’administration centrale et déconcentrée.
  2. Financement : Réaliser une nouvelle enquête de suivi des dépenses publiques pour tracer les flux de financement depuis le niveau central jusqu’aux écoles ; instaurer des règles claires concernant le montant des frais collectés auprès des familles et les communiquer au public.
  3. Gestion du personnel : Rationaliser les mouvements de personnel sur la base de l’application stricte du barème détaillant les critères et procédures de transfert ; revoir le code de conduite des enseignants, et envisager la formulation d’une charte éthique pour l’enseignement supérieur.
  4. Marchés publics : Veiller au bon fonctionnement des commissions de réception ayant en charge la vérification de la qualité des équipements et fournitures ; mettre en place une gestion et un contrôle strict des stocks de manuels et de denrées alimentaires à tous les niveaux, en ayant recours à un système informatisé ;
  5. Examens : Informatiser et automatiser la gestion des examens et concours nationaux, en limitant ainsi le nombre d’intermédiaires ; protéger les centres d’examens et concours nationaux, avec l’appui des forces de sécurité si nécessaire.

Vers une meilleure gouvernance du secteur

D’autres recommandations visent plus spécifiquement à améliorer la gouvernance dans le secteur : du renforcement des instances de contrôle interne jusqu’à un meilleur accès du public à l’information y compris via l’introduction de tableaux de bord des écoles.

Ces recommandations seront discutées dans le détail avec les autorités publiques du pays lors d’un atelier de restitution organisé par l’ANLC, et prévu dans le courant du mois de mai 2021. Le Programme décennal de l’éducation en Guinée (ProDEG) récemment adopté – qui fixe les grandes orientations politiques, ainsi que les programmes prioritaires du pays pour la période 2020-2029 en matière d’éducation – devrait constituer un cadre favorable à leur mise en application.