01.06.2015

Forum des politiques éducatives de l'IIPE : “Planifier l'intégrité dans l'enseignement supérieur

Près de 60 experts et intervenants de la sphère éducative, issus du monde entier, se sont réunis à Paris, du 18 au 20 mars, lors du Forum des politiques éducatives de l'IIPE “Planifier l'intégrité dans l'enseignement supérieur”.

Ils ont examiné les initiatives les plus innovantes visant à améliorer la transparence et à réduire les cas de fraude et de corruption au niveau de l'université. L'assemblée était constituée de présidents et d'administrateurs d'universités, de chercheurs, ainsi que de représentants de ministères de l'Éducation, d'agences internationales, d'organismes de financement de la recherche, de la société civile, d'associations d'étudiants et des médias.
"À l'avenir, planifier l'intégrité dans l'enseignement supérieur pourrait très bien devenir une exigence incontournable dans un nombre croissant de pays et d'universités", souligne Muriel Poisson, responsable de l'équipe Recherche et développement de l'IIPE, dans ses remarques introductives.
"Plusieurs facteurs militent en ce sens : la préoccupation des bailleurs de  fonds de voir utilisées à bon escient des ressources en diminution, le besoin de protéger la réputation des établissements d'enseignement supérieur et de maintenir la confiance dans les diplômes qu'ils délivrent, ainsi que l'obligation pour les pouvoirs publics et les institutions de l'État de se défendre contre des allégations de fraude et de corruption”.
Le Forum s'est ouvert par une discussion sur les risques et les coûts de la corruption dans l'enseignement supérieur, suivie d'un débat sur l'utilité  – et les limites – des cadres normatifs et déontologiques pour réduire ces risques. La deuxième journée a été consacrée aux moyens de promouvoir l'intégrité dans la gestion des systèmes d'enseignement supérieur, tout en améliorant l'intégrité académique. La troisième journée a abordé le sujet de la liberté d'accès du public à l'information et aux données ouvertes, tandis que les représentants d'associations d'étudiants ont évoqué les meilleures façons pour les jeunes de s'investir dans la promotion de l'intégrité dans l'enseignement supérieur.

Risques et coûts

Au cours de cette conférence de trois jours, des participants ont mentionné divers risques de corruption auxquels l'enseignement supérieur doit aujourd'hui faire face dans le monde. Ainsi, un participant d'Europe de l'Est s'est-il inquiété du fait que, pour se faire admettre à l'université, il était plus efficace d'avoir recours aux relations personnelles et aux pots-de-vin plutôt que de s'efforcer d'avoir de bonnes notes à l'école. De même, la Présidente du Conseil pour l'accréditation de l'enseignement supérieur (CHEA) a fait état de la prévalence des faux diplômes. D'autres participants ont évoqué le détournement de fonds par les universités aux Philippines.
Goolam Mohamedbhai, ancien secrétaire général de l'Association des universités africaines, a dénoncé un autre problème :
"Dans de nombreuses universités publiques africaines, c'est toujours le président (ou le ministre) qui nomme le recteur, et même si ce dernier joue un rôle essentiellement protocolaire, il a la lourde responsabilité de nommer des personnes à des postes de gouvernance clés, comme président du conseil d'administration ou vice-président de l'université, ou d'approuver leur nomination, ce qui laisse le champ libre aux ingérences politiques. Même si une nomination politique ne conduit pas nécessairement à une ingérence politique, elle crée inévitablement une zone d'influence et doit, de ce fait, être évitée".

Planifier l'intégrité au niveau de l'enseignement supérieur

Les participants ont partagé leurs propres expériences sur les moyens d'améliorer la planification de l'intégrité dans l'enseignement supérieur. Parmi les solutions évoquées figurent :
  • le classement des universités (Roumanie et Colombie),
  • le développement d'un cadre politique exhaustif pour lutter contre le plagiat (Royaume-Uni),
  • l'inclusion par les organismes de financement de la recherche de mesures anti-corruption dans leurs termes de référence (Canada),
  • le recours des journalistes aux réseaux sociaux pour contrôler la fraude pendant les examens de fin d'études (Kosovo),
  • ou encore la vérification par les associations d'étudiants de la gestion financière des universités (Pérou et Philippines).
Parlant plus largement du cas de la Roumanie, Alina Mungiu-Pippidi, directrice du Centre européen de recherche contre la corruption et pour la construction de l'État (ERCAS), explique : “L'autonomie des universités et la décentralisation des fonds, considérées comme une grande avancée politique après 1989, ont pourtant eu des effets indésirables. Le fait d'accorder leur autonomie aux universités sans l'accompagner d'aucun mécanisme de redevabilité, n'a fait que nourrir le particularisme. Les politiques pro-intégrité sont difficiles à mettre en place parce que les incitations ne sont [pas] assez motivantes pour encourager les acteurs concernés à changer […]. Trop souvent, les étudiants cherchent à obtenir l'attestation de diplôme plutôt que l'instruction. Réformer le système éducatif [universitaire] signifie remettre ce statu quo en question".

La voie à suivre

Dans l’ensemble, le Forum des politiques éducatives a révélé que la corruption dans l'enseignement supérieur est un problème d'envergure mondiale. De nombreux problèmes – faux diplômes, plagiat ou fraude financière – existent dans un grand nombre de pays. En conséquence, après une table ronde réunissant des représentants du Conseil de l’Europe, de l'Agence universitaire de la Francophonie et de l'Open Society Foundation, les participants ont souhaité la création d'une coalition internationale pour l'intégrité dans l'enseignement supérieur, qui veillerait essentiellement :
  • à inclure des indicateurs d'intégrité dans le diagnostic des systèmes d'enseignement supérieur ;
  • à faire en sorte que les mécanismes d'assurance qualité soient plus sensibles aux problèmes d'intégrité ;
  • à établir des plateformes interrégionales afin de partager les approches et outils existants, tels qu'un logiciel anti-plagiat ;
  • à créer des inventaires d'initiatives anti-corruption mises en œuvre par les mouvements d'étudiants autour du monde.
Dans ses conclusions, Suzanne Grant Lewis, directrice de l'IIPE, a fait part de la volonté de l'Institut de donner suite à ces recommandations.